La crise peut-elle être une opportunité ?
- hugo2825
- 26. Jan.
- 3 Min. Lesezeit
Déconstruction d'un cliché
Depuis des décennies, des ésotéristes de tous bords, des gourous du mouvement New Age, des consultants autoproclamés et des coachs nous répètent que chaque crise est une opportunité. Ils affirment qu'en chinois, les caractères pour « crise » et « opportunité » sont identiques. On trouve plus d'un million de publications sur ce sujet en ligne.
Ces nombreux conseillers se sont sentis pleinement justifiés lorsque, en janvier 2009, le Premier ministre chinois a également présenté la théorie de la crise comme une opportunité au gouvernement suisse officiel.
Le Suisse, consciencieux, hocha la tête d'un air pensif, et M. Wen esquissa un sourire. Mais : cette histoire n'est bonne qu'à alimenter les conversations ; elle est fausse. C'est une légende moderne, fruit d'un folklore cultivé en Occident et popularisé en Orient, qui idéalise la culture chinoise.
Le fait que même M. Wen ait officiellement partagé cette histoire est une facette de l'humour chinois, qui n'est pas sans rappeler le charme viennois.
Les raisons pour lesquelles la théorie de la crise comme opportunité persiste avec autant d'obstination en Occident résident, d'une part, dans les vœux pieux des psychologues populaires et des thérapeutes charlatans susmentionnés, et toujours aussi chez les thérapeutes femmes ; d'autre part, dans une compréhension fondamentalement erronée de la façon dont les concepts se forment en mandarin, comme nous le verrons plus loin.
Comme la plupart des termes du chinois moderne, le mot « crise » est composé de deux syllabes et donc de deux caractères : « wei » et « ji ». « Wei » signifie crise. « Wei » signifie danger, tandis que « ji » désigne un tournant, le moment où quelque chose commence ou change. « Wei Ji » signifie donc une crise profonde, un moment dangereux où la situation se dégrade. « Wei Ji » indique une situation périlleuse exigeant une extrême prudence. Il ne s’agit pas d’une situation où l’on espère des opportunités, mais plutôt d’une situation où la survie est primordiale.
La syllabe « JIi » est ambiguë. Elle sert non seulement à décrire un tournant ou un commencement, mais aussi à former des mots désignant des machines et des appareils, ou encore des adjectifs et des adverbes tels que souple, habile ou organique. Associée à d'autres caractères, « JIi » peut revêtir des centaines de significations secondaires.
Il est important de savoir que ces significations secondaires ne peuvent avoir de sens qu'en relation avec le terme polysyllabique auquel elles sont associées.
Toute personne intéressée peut le constater par elle-même par écrit.
Par exemple : si l’on combine la syllabe « JIi » avec « HUI » (opportunité), on obtient l’expression « JIi HUI », qui signifie chance. Mais attention : « JIi » seul ne signifie pas chance !
Confondre « WEIJIi » avec « JiHUI » est tout aussi absurde que de prétendre qu'une crise est la meilleure occasion de saisir une opportunité.
Si vous faites précéder le symbole « JIi » de « FEI », qui signifie voler, vous obtenez le terme « FEIJIi », qui signifie aéronef ou avion.
En utilisant la même fantaisie linguistique, on pourrait affirmer que la crise est un avion, ce qui, dans le monde des affaires où les managers sont souvent (mis) à l'écart, aurait au moins un certain rapport avec la réalité.
Enfin, j'aimerais rappeler la parabole de la grenouille du puits et de la tortue de mer du philosophe chinois Zhuangzi. Il convient de noter qu'en mandarin, un philosophe n'est pas celui qui recherche la vérité, mais plutôt un homme qui suit la voie.
L'histoire raconte celle d'une grenouille de puits, la plus grande de son puits, qui connaît et règne sur tout son univers. Un jour, une tortue de mer lui rend visite, désireuse de lui parler de l'océan. Mais la grenouille n'y comprend absolument rien ! La tortue, qui a déjà une patte dans la vase du puits, la retire aussitôt, réalisant qu'il est impossible d'enseigner quoi que ce soit à la grenouille sur l'immensité de l'océan.
Ainsi, la légende de la crise comme opportunité, « Ex Oriente Lux », restera probablement vivace en Occident. Des hordes de profiteurs continueront de la colporter allègrement, pour de l'argent facile, à l'édification de tous ceux qui voient dans la crise une chance de s'envoler.
10 avril 2021, Hyeronimus Brosamer

Hyeronimus Brosamer, à la tête de son département de gestion des risques, a consacré sa vie à la gestion des opportunités et des risques. Ses analyses pertinentes relèvent de sa seule responsabilité.
HMS Merlin
10/04/2022