Un ouvrage commémoratif : À la mémoire de Gerhard Huber
- hugo2825
- 25. Jan.
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Ce volume rassemble dix-neuf essais littéraires, philologiques et historico-culturels de Gerhard Huber, initialement publiés dans la Neue Zürcher Zeitung dans les années 1980. Il s'agit principalement de comptes rendus de livres, complétés par quelques brefs comptes rendus de colloques littéraires.
Gerhard Huber était un philologue classique aussi érudit que passionné, dont la perspective dépassait largement son domaine de prédilection. La première partie de l'ouvrage propose des réflexions sur l'Antiquité grecque et romaine – notamment sur les sophistes, l'Odyssée d'Homère, Virgile et Cicéron. Ce spécialiste de l'Antiquité était également un philologue roman passionné et accompli. En témoignent les huit contributions consacrées à Marcel Proust, avec lequel il a entretenu des liens étroits tout au long de sa vie. Le recueil offre également de nombreuses contributions intéressantes sur Dumas, Stendhal, Madame de Sévigné, Chateaubriand et même Casanova. Huber nous entraîne aussi dans le monde de la musique – il était lui-même un pianiste enthousiaste – vers Mozart et Beethoven, l'opéra et le cinéma. Il nous guide également vers d'autres sphères linguistiques et culturelles, comme Shakespeare et la Renaissance anglaise, dont il éclaire avec brio les liens avec l'Antiquité classique. Des références à la peinture de différentes époques sont également incluses.
Le professeur de lycée surdoué
La clarté avec laquelle chaque sujet est abordé et la concision linguistique de ces dix-neuf digressions littéraires sont remarquables. Professeur de grec et de latin pendant de nombreuses années au Gymnasium d'Olten, Gerhard Huber considérait l'enseignement analytique des textes anciens comme sa principale mission pédagogique, visant à guider ses élèves vers une pensée rigoureuse. Plutôt que de s'appuyer sur une traduction de dictionnaire, il préférait demander : « De quoi parle ce mot ? » Cette approche du sens des mots a pu paraître inhabituelle, voire étrange, à nombre d'élèves au premier abord. Mais ils ont vite compris : le sens plein d'un mot latin, en raison de l'immense distance temporelle et des divergences culturelles, ne peut se réduire à un simple terme traduit. Une tabula, par exemple, est bien une table ; mais la conception que les Romains de l'Antiquité se faisaient de chaque objet n'était pas nécessairement la même que la nôtre aujourd'hui. Et ce n'est probablement que plus tard que beaucoup ont réalisé à quel point l'enseignement de Gerhard Huber était imprégné de l'esprit de l'Antiquité. Au lieu d'un enseignement direct et didactique, il posait des questions ciblées, à la manière de la méthode socratique (ou méthode attribuée à Socrate par Platon), familièrement appelée méthode de la sage-femme, et laissait les élèves parvenir à leur propre compréhension par le dialogue. Partant du mot isolé, ce talentueux professeur de lycée parvenait à élargir la perspective sur l'Antiquité de façon holistique, sensibilisant ainsi ses élèves à l'histoire culturelle, élargissant leurs horizons et les stimulant intellectuellement. Il n'est donc pas surprenant que même les élèves sans affinité particulière pour les langues classiques aient suivi avec grand intérêt les cours de Gerhard Huber, souvent empreints d'un humour subtil. La vision de l'Antiquité proposée par Huber leur ouvrait de nouveaux horizons. Ils percevaient leur professeur comme un médiateur précieux entre l'Antiquité et le présent, et ils appréciaient tout particulièrement son humanité et sa disponibilité exceptionnelles.
Des voix d'amis et de la vie professionnelle
Dans la seconde partie de l'ouvrage, les observations de Huber sont complétées par les témoignages de ses amis et de ses collègues, ce qui nous permet de mieux connaître l'auteur. On découvre ainsi Gerhard Huber comme un homme sociable et philanthrope, un cuisinier talentueux et, sans surprise, un lecteur passionné.
Considérations sur la validité intemporelle
L'éditeur de ce volume, Peter Schnyder, fut longtemps le collègue de Gerhard Huber au lycée d'Olten avant d'être nommé professeur à l'université de Mulhouse. Il mérite d'être salué pour avoir rappelé, et surtout préservé, les grandes qualités de Gerhard Huber en tant qu'érudit, enseignant et homme. Schnyder fait précéder les textes allemands d'un résumé en français. Celui-ci sera particulièrement intéressant pour les lecteurs français, car Huber possédait une résidence secondaire rue de la Sorbonne à Paris et participait activement à la vie mondaine parisienne. Et, comme le hasard a voulu qu'il habitât le même immeuble que Jane Birkin, comme il l'a un jour révélé avec une pointe de malice.
Le volume commémoratif édité par Peter Schnyder demeure ainsi un héritage durable du défunt, dont la portée dépasse largement les frontières de la Suisse. Les essais de Huber, publiés pour la première fois il y a une quarantaine d'années, conservent un intérêt intemporel et toute leur pertinence ; il est donc tout à fait opportun de les relire aujourd'hui. Dans l'esprit du célèbre vers des Odes d'Horace (sur lequel le savant philologue classique de Zollikon a jadis consacré sa thèse), nous nous exclamons : Ô Gerhard ! Monumentum exegisti !
Gerhard Huber, De l' Acropole à Zollikon . 19 excursions littéraires . Édité par Peter Schnyder. Paris 2020.
HMS Merlin
25/01/2022